Textes du Parc national du Mercantour - Dessins de Laurent Zagni
Certains mammifères comme le lièvre variable ou l’hermine sont bien connus pour devenir blancs en hiver. C’est aussi le cas d’un seul oiseau dans le monde, le lagopède.
En France, le lagopède alpin est présent dans les Alpes et les Pyrénées. Ses mues successives, qui suivent l’arrivée des neiges, lui permettent de devenir entièrement blanc durant l’hiver. Au printemps, à la fonte des neiges, c’est le contraire, ses plumes blanches sont progressivement remplacées jusqu’à ce qu’il devienne entièrement brun-gris en été. Puis le cycle reprend à l’automne.
Ce changement de couleur, dont dépend sa survie, lui procure un parfait camouflage au fil des saisons. Le lagopède est vraiment un as du déguisement !
Pour la plupart des insectes, l’hiver est une mauvaise période. Certains se cachent quand d’autres préfèrent se mettre en dormance sous une forme résistante au froid : nymphes ou larves enfouies dans le sol, la vase, oeufs… Les libellules n’échappent pas à la règle et bien souvent en montagne, leur larves doivent rester plusieurs années dans l’eau avant un développement complet.
Le leste brun fait exception. Seule espèce française capable de passer l’hiver à l’état adulte, il paraît pourtant bien frêle ! Sa couleur brun clair lui permet de se cacher dans les hautes herbes en bordure des lacs et marécages. Cette méthode a cependant ses limites et il est bien rare de l’observer au-dessus de 1 200 m d’altitude.
Cerfs et chevreuils portent des bois. Cette production osseuse tombe et repousse tous les ans, laissant l’animal bien démuni, une fois sa ramure tombée, en attendant le prochain cycle ! Au départ assez fragiles et couverts de velours, ils vont durcir pour devenir de véritables atouts pour se disputer les faveurs des femelles qui ne possèdent pas de tels attributs.
Au contraire, les bouquetins, les chamois ou encore les mouflons sont coiffés de cornes. Celles-ci ont une base osseuse bien ancrée sur le crâne et sont recouvertes de kératine. Elles poussent tout au long de la vie de l’animal. Chez la plupart des espèces à cornes, les femelles en sont également pourvues, à part chez le mouflon.
De nombreuses espèces ont su s’adapter aux saisons qui rythment notre vie. De la bondrée apivore au pipit spioncelle, divers oiseaux pratiquent la migration qui leur permet de quitter nos régions pendant l’hiver et de revenir au printemps pour se reproduire. Ceci n’est pas l’apanage des oiseaux. Plusieurs espèces de papillons, comme la belle-dame et le vulcain, migrent également. Au printemps, après des éclosions massives dans le Maghreb ou le Sud de l’Espagne, il n’est pas rare d’observer des belles-dames voyageuses, reconnaissables à leurs ailes déjà usées par un long voyage. A l’automne, des retours vers le sud peuvent exister mais sont beaucoup moins marqués. Pour ces migrations, les papillons semblent utiliser les vents et surtout un compas solaire qui leur permet de s’orienter.
Le poitrail orangé du gypaète barbu adulte est lié à un comportement inhabituel dans le monde animal. Les oiseaux adultes ont l’habitude de se tremper dans de petites zones humides chargées en fer. Leur poitrail, initialement blanc, se couvre alors d’une boue chargée de pigments orangés. Cette coloration, pratiquée par les deux sexes, est une marque de maturité et de territorialité. Dans les régions où il n’y pas de source ferrugineuse, comme en Corse, les oiseaux gardent leur coloration blanche. On sait qu’un couple de gypaètes peut faire des dizaines de kilomètres pour fréquenter, quelques fois pas an, la place de coloration qu’il a choisie. Le casseur-d’os n’a pas fini de nous surprendre !
Certaines chenilles de papillon, comme par exemple l’azuré de la croisette présent dans le Mercantour, squattent littéralement les fourmilières. Après avoir mangé royalement sur sa plante-hôte, la chenille se laisse tomber au sol et émet des phéromones qui trompent les fourmis. Ces dernières la prennent pour une larve égarée et la ramènent au bercail. Elles vont ensuite l’alimenter consciencieusement jusqu’à ce que la chenille forme sa chrysalide, se métamorphe et s’envole. Les fourmis n’y ont vu que du feu...et continuent de vaquer à leurs occupations. Un sacré tour de passe-passe de la part de ce papillon !
À la belle saison, quelle joie de voir revenir les papillons dans nos montagnes… Mais avant d’être papillons, n’oublions pas qu’ils ont été chenilles pendant plusieurs semaines. Et des chenilles qui font la fine bouche dans le choix de leur ressource alimentaire ! Chaque espèce de papillon est en effet liée à une ou plusieurs espèces de plantes-hôtes, dont la chenille va se nourrir. Cela signifie que la chenille ne pourra vivre et croître qu’en présence de ces plantes. Pas de plante-hôte, pas de chenille, pas de papillon !
Protéger la biodiversité floristique de nos montagnes est donc une des clés pour protéger la biodiversité de nos papillons !
De nombreuses araignées utilisent un moyen simple et peu coûteux en énergie pour se déplacer : le vent ! D’un point haut, elles rejettent un fil de soie dans l’air et se laissent emporter par le moindre souffle... Ce phénomène, appelé ballooning, s’observe souvent lors de la dispersion des jeunes araignées tout juste sorties de leur cocon. Laissés en arrière une fois l’envol pris, les fils produits peuvent recouvrir des surfaces importantes dans les jardins et les prés. On les surnomme couramment les « fils de la Vierge ».
Certains adultes utilisent aussi ce mode de dispersion et peuvent alors coloniser des espaces beaucoup plus lointains, élargissant leur territoire de chasse.
Des ballons sondes ont ainsi pu observer des araignées « en vol » jusqu’à 30 mètres de haut !
On connaît tous les bandes jaunes et noires de l’abdomen des guêpes. Cette association de couleurs provoque la crispation de bon nombre d’entre nous, redoutant une piqûre douloureuse ! Ce signal coloré s’adresse surtout aux oiseaux insectivores, les prévenant du danger de s’attaquer à une telle proie. Les insectes habillés en bagnards ont ainsi une meilleure chance de survie. Certains ont donc adopté le même déguisement sans posséder le moindre dard, ce qui leur permet de bénéficier par mimétisme de la même prudence à leur égard de la part de leurs prédateurs ! C’est le cas de plusieurs espèces de syrphes, dont les yeux immenses vous rappelleront leur filiation au groupe des mouches ; ce sont donc des visiteurs inoffensifs à votre table ! Tout cela résulte de la pression sélective de la prédation. Les insectes qui ressemblaient le plus aux bêtes qui piquent, ont été moins mangés et se sont reproduits, une histoire d’évolution qui n’est pas prête de finir !
Le pic noir, plus grande espèce de Pic en Europe, travaille pour tous. Ce bel oiseau noir à la calotte rouge creuse des loges ovales dans les arbres pour y élever ses petits. Il n’est pas le seul à bénéficier de ces cavités. La chouette de Tengmalm, petite chouette des milieux froids, dépend beaucoup du pic noir pour sa nidification. Cherchez l’un, vous avez une chance de trouver l’autre... mais la réciproque n’est pas vraie, car l’aire de répartition du pic noir est beaucoup plus étendue que celle de la chouette de Tengmalm. Martes des pins, abeilles sauvages ou guêpes peuvent également s’incruster dans ces loges. Une loge inoccupée trouve vite preneur ! Qui a dit que la nature a horreur du vide ?
La grande majorité des vertébrés terrestres respire grâce à leurs poumons. Un petit amphibien de notre territoire, le spéléomante de Strinati, en est pourtant dépourvu : comment survivre dans ces conditions ?
Endémique du sud-est de la France et du nord-ouest de l’Italie, cette espèce respire principalement par les pores de sa peau mais aussi par les muqueuses de sa bouche et de son pharynx.
Ce type de respiration nécessite une humidité ambiante importante, que le spéléomante trouve dans ses habitats de prédilection : cavités naturelles et artificielles, murets, éboulis ...
Si un jour vous avez la chance d’en observer un, veillez donc à ne pas le manipuler, vous l’empêcheriez de respirer. Sans compter que l’espèce est protégée !
Le tétras-lyre est un oiseau sédentaire : il ne migre pas et passe donc toute sa vie sur le même territoire. En France, il vit dans les Alpes entre 1 400 et 2 300 d’altitude. Il aime les climats froids, mais cela ne l’empêche pas de redouter l’hiver où la nourriture se fait rare en montagne… Ainsi, pour économiser son énergie et ne pas finir en casse-croûte pour les prédateurs, il se construit dans la neige de petits tunnels. Caché dedans toute la journée, il ne sort qu’une heure matin et soir pour s’alimenter.
Bien à l'abri et au chaud dans son igloo, il attend patiemment le retour du printemps.